La dramatique de la personne ou l'ipséité comme paradoxe

Résumé : La dramatique de la personne ou l'ipséité comme paradoxe La possibilité d'être soi ne peut pas être simplement le pouvoir d'accomplir une capacité déterminée extérieurement par sa place dans le monde, mais c'est la possibilité de la possibilité, l'avoir à être dans la dimension de l'avoir à être. Le « soi » n'est donc en rien un état ou la qualité d'une chose et doit être compris comme un avenir pur qui est un combat. Or, c'est cette ipséité comprise comme un verbe et non comme un substantif qui se trouve au coeur de l'histoire du concept de personne puisque dès le commencement de cette histoire il est apparu qu'on est une personne qu'en le devenant, que dans l'obligation de le devenir. Dans ce combat rien n'est gagné d'avance et la personne vit dans la constante possibilité, face à l'adversité, de se perdre, c'est-à-dire non pas de perdre telle ou telle possibilité (si je renonce à tel métier ou à exercer telle compétence), mais de perdre ce que l'on a à être. Ainsi, d'emblée, la personne fut comprise comme un paradoxe dans la mesure où l'ipséité, l'identité personnelle, apparaissait immédiatement comme incommensurable avec l'identité de la chose. De fait, dans la longue histoire de ce concept, on a souvent eu recours au terme de personne pour ne pas dire âme, sujet ou esprit, c'est-à-dire une partie de la réalité humaine, de façon à pouvoir signifier l'homme dans la totalité de son existence. Même en théologie, comme en témoigne saint Augustin, on a fini par parler de trois personnes en Dieu pour éviter de parler de trois substances, ce qui aurait transformé la Trinité en un trithéisme 1. Quoi qu'il en soit, pour l'homme la signification du terme de personne fut d'abord négative : elle n'est ni une simple chose naturelle, ni la simple partie d'un tout. De fait, le personnalisme contemporain de Dilthey, de Buber, de Bergson, de Maritain, de Nédoncelle et de Mounier 2 a mis en évidence la crise de la personne, c'est-à-dire la nécessité de ne plus penser la personne comme une chose qui possède la capacité de dire « je » de façon à élucider en quoi elle n'est pas une substance mais une relation. Certes, toutes ces versions du personnalisme ne se ressemblent pas, néanmoins il y a un certain nombre d'invariants comme le souci de l'homme concret avec toute sa vie, son monde, son histoire, sa chair, sa communauté, ses engagements et sa responsabilité. Autrement dit, la pensée contemporaine a redécouvert l'importance de la distinction entre personne et individu, comme la nécessité de s'approprier l'individu en soi et l'impossibilité de se comprendre en dehors d'un « tu » et en dehors d'une communauté.
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Contributeur : Emmanuel Housset <>
Soumis le : jeudi 23 mai 2019 - 15:28:23
Dernière modification le : lundi 1 juillet 2019 - 13:50:28

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Emmanuel Housset. La dramatique de la personne ou l'ipséité comme paradoxe. Les études philosophiques, Presses Universitaires de France, 2007, 81 (2), pp.215. ⟨10.3917/leph.072.0215⟩. ⟨hal-02138125⟩

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