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La frontière russo-balte : un navétisme transfrontalier révélateur de son évolution

Résumé : Limite, la frontière est un lieu d’interaction, un objet matériel et symbolique qui questionne les géographes pour son aptitude à borner, définir, créer des territoires. Certes, elle sépare deux systèmes territoriaux définis par des cadres juridiques et institutionnels différents (Raffestin, 1986) mais elle peut également être appréhendée comme un espace défini par l’existence d’interactions spécifiques de part et d’autre de la frontière (Gottmann, 1952). Caractérisée par des phénomènes de discontinuité, cette frontière-zone est profondément structurée par la géographie des réseaux, notamment de transport permettant, ou non, les circulations, l'ouverture voire les tentatives d’unité régionale. La question de la perméabilité, de la pérennité ou de la pertinence des frontières pose nécessairement celle des modalités et des formes de l’échange transfrontalier. Sur les rives de la mer Baltique, on interprète les frontières avec la Russie comme la limite entre l’Ouest et l’Est, « l’Europe civilisée » et « l’Asie barbare ». Les questions frontalières demeurent pour les voisins de la Russie encore hautement politisées, et les intérêts de la coopération frontalière sont souvent sacrifiés au profit de la « haute » géopolitique. D’ailleurs, dans l’espace post-soviétique l’attitude sacrée envers la frontière de l’État reste profondément ancrée dans la conscience collective (Kolossov, 2005). Pendant un demi-siècle, frontière « chaude », glacis militaire traversé par le Rideau de fer, la mer Baltique est désormais devenue une mer ouverte à des échanges internationaux en croissance constante et rapide. Les frontières extérieures closes de l’espace soviétique ont ainsi laissé la place à des frontières moins étanches, devenues perméables. Autrefois répulsives, elles sont devenues des lieux de rencontres, de passages, de vie, de trafics, d'animation de la vie économique (Serry, 2016). Le glissement de l’Union européenne (UE) vers l’Est, symbolisé par l’adhésion des États Baltes et de la Pologne en mai 2004, a impacté et impacte encore les dynamiques frontalières régionales, instaurant une discontinuité dans cet espace. Dorénavant, sur les rives de la mer Baltique, les frontières orientales de l'UE semblent fixes mais aussi renforcée, réactivée, et ce notamment par des contrôles accrus des flux de personnes et de biens. De fait, la structuration de la nouvelle frontière européenne se heurte à des dynamiques commerciales, car autour de la frontière entre États Baltes, Pologne, Finlande et Russie de sont noués d’importants échanges, notamment des échanges de chalandise, et des déplacements touristiques. Ce chapitre propose de s’intéresser à ces aspects marchands et circulatoires de cette frontière sur les marges orientales de l’UE qui sont beaucoup moins étudiés que ses aspects géopolitiques. Il interroge donc sur la réorganisation des échanges au sein d’une région en pleine mutation. Il met en avant les effets de la construction européenne sur les circulations régionales, et en étudie les répercussions spatiales multi-scalaires. Entre fermeture et ouverture, la disparité des conséquences des nouvelles dyades sur les circulations de personnes et de marchandises invite à cette approche. Celle-ci permet en effet d’appréhender la diversité des jeux d’acteurs et de saisir la complexité des recompositions frontalières régionales.
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https://hal-normandie-univ.archives-ouvertes.fr/hal-03045966
Contributor : Arnaud Serry <>
Submitted on : Tuesday, December 8, 2020 - 11:23:12 AM
Last modification on : Wednesday, December 9, 2020 - 3:39:26 AM

Identifiers

  • HAL Id : hal-03045966, version 1

Citation

Arnaud Serry. La frontière russo-balte : un navétisme transfrontalier révélateur de son évolution. Frontières, 2020, 9782350306698. ⟨hal-03045966⟩

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