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La topographie de Rome chez Cicéron : quelques remarques sur l'invention d'un paysage politique

Résumé : "Je pense qu'il y a pour tout homme, comme pour tous les gens des municipes, deux patries : une patrie de nature, une patrie de citoyenneté. Ainsi, comme Caton, qui, bien que né à Tusculum, a été admis dans la cité du peuple romain, et qui, Tusculan de par son origine, Romain par sa citoyenneté, possédait une patrie géographique et une patrie de droit (-) de même, nous, nous considérons comme patrie celle où nous sommes nés aussi bien que celle qui nous a accueillis. Mais il est nécessaire que celle-là l'emporte dans notre affection par laquelle le nom de "république" est le bien commun de la cité entière. C'est pour elle que nous devons mourir; c'est à elle qu'il faut nous donner tout entiers, en elle qu'il faut déposer et pour ainsi dire sanctifier tout ce qui nous accueillis..." 1. Cet extrait des Lois de Cicéron représente, comme l'a souligné C. Moatti 2 , un des textes fondateurs de l'universalisme romain, à un moment où Rome est désormais une grande ville, voire une très grande ville, et draine bon nombre de Latins ou d'Italiens qui viennent y parfaire leur éducation et se lancer dans une carrière politique. Tel est notamment le cas de Cicéron, arrivé dans l'Vrbs vers le milieu des années 90 a.C. en compagnie de son père et de son frère Quintus, afin de compléter l'enseignement déjà reçu à Arpinum et devenir orateur accompli. Cette origine extra-romaine lui valut de nombreux sarcasmes et reproches auxquels il dut s'affronter constamment, et face auxquels il dut, non moins constamment, prendre position : que ce soit dans le Pro Sylla, en 62 a.C., dans le Pro Balbo en 56, ou dans les Philippiques 3 en 44 au soir de sa vie, le thème parcourt son oeuvre, et en 52 a.C., le texte des Lois théorise ce qui paraissait une impossibilité à la plupart de ses contemporains, à savoir l'appartenance à deux patries 4. Aussi n'est-il guère surprenant que cette proposition ait continué de rencontrer 1 Cic., De leg., 2.2.5 : Et illi et omnibus municipibus duas esse censeo patrias, unam naturae alteram ciuitatis ; ut ille Cato, quom esset Tusculi natus, in populi Romani ciuitatem susceptus est, ita, quom ortu Tusculanus esset, ciuitate Romanus, habuit alteram loci patriam, alteram iuris (-) nos et eam patriam dicimus , ubi nati, et illam qua excepti sumus. Sed necesse est caritate eam praestare e qua rei pubicae nomen uniuersae ciuitatis est, pro qua mori et cui nos toto dedere et in qua nostra omnia ponere et quasi consecrare debemus. 2 Cf. Moatti 1997, 194. Sur l'institution de la "commune patrie" par les juristes de l'époque impériale, cf. Humbert 1976 et Thomas 1996. 3 Cf. Pro Sylla, 22-23 "Mais ici tu as voulu, fort mal à propos, faire de l'esprit, en disant que j'étais, après Tarquin et Numa, le troisième roi étranger (-) Ce que je veux dire, réplique-t-il, c'est que tu es originaire d'un municipe. Je le reconnais et j'ajoute même : d'un municipe d'où deux fois déjà le salut est venu pour notre ville et pour l'Empire. Mais ce que je voudrais bien savoir de toi, c'est pourquoi ceux qui viennent des municipes sont des étrangers à tes yeux. Voilà un reproche que personne n'a jamais fit à notre vieux M. Caton, bien qu'il eût quantité d'ennemis, ni à Tiberius Coruncanius, ni à M'. Curius, ni même à mon compatriote M. Marius, en dépit du grand nombre de ses envieux". En Phil., 3.15 Cicéron associe son cas et celui de la mère d'Octave, originaire d'Aricie : "Ne croirait-on pas l'entendre dire qu'elle est de Tralles ou d'Éphèse ? Voyez comme on nous méprise, nous tous qui sommes originaires de municipes, c'est-à-dire nous tous absolument, car combien y en at -il parmi nous qui n'aient une telle origine ? Et quel municipe ne méprise-ton pas, si l'on dédaigne si fort celui d'Aricie, d'une origine si ancienne, jouissant du droit des confédérés, si voisin qu'il confine presque à notre territoire, si grandement honoré par le mérite éclatant de ses habitants". 4 Il fallut attendre une quarantaine d'années après la fin de la guerre sociale pour que les communautés italiennes acquièrent dans leur ensemble la citoyenneté romaine, comme le rappelle Gabba 1994, 126. Rappelons que, par ailleurs, Cicéron était traité de Graikos par les artisans et ouvriers, les banausoi (Plut.,
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Contributor : Anne Vial-Logeay <>
Submitted on : Friday, November 29, 2019 - 2:46:17 PM
Last modification on : Wednesday, December 4, 2019 - 1:41:05 AM

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  • HAL Id : hal-02377655, version 1

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Anne Vial-Logeay. La topographie de Rome chez Cicéron : quelques remarques sur l'invention d'un paysage politique. Lire la Ville. Fragments d'une archéologie littéraire de Rome antique, 2014. ⟨hal-02377655⟩

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