Skip to Main content Skip to Navigation
Reports

Poissy, rues du 11 novembre 1918, de la Libération et du 8 mai 1945 (Yvelines, Île-de-France), rapport de fouille : Evolution d'un secteur péri-urbain à Poissy du Ve au XIXe siècle

Résumé : La fouille du site compris entre les rues du 11 novembre, de la Libération, du 8 mai 1945 et l’hôtel de ville a été l’occasion de renouveler l’histoire de la localité de Poissy sur le long terme. Au total, neuf phases d’occupation ont été déterminées. Les découvertes réalisées dépassent même le cadre strict de l’emprise puisque la résolution de l’information acquise permet de percevoir les occupants du voisinage direct. La conjonction des données de terrain avec les sources testimoniales livre de solides interprétations pour l’histoire de cette zone périphérique au bourg. La fenêtre d’observation montre un espace dynamique en constante évolution, caractérisé par une anthropisation quasi-continue, la mise en place progressive de lignes de force structurantes et un va-et-vient du bâti du Ve au XXe siècle. À cela s’ajoute le rôle déterminant de la configuration topographique du terrain. Pour la première phase, les corpus de mobiliers céramique et lithique extraits de la fouille des colluvions anciennes restent difficile à dater, même si les observations faites sur l’industrie lithique tendent à globalement attribuer le corpus au Néolithique, voire même au Néolithique moyen pour une partie. Ces attributions chronologiques pourraient être amenées à être révisées quand l’état de la recherche le permettra. L’homogénéité de ce corpus pourrait donc être remise en question et viendrait alors corroborer les observations faites sur la céramique qui montre du mobilier daté du Néolithique jusqu’à la fin de l’âge du Fer. Il s’agit des seuls témoins de l’existence de sites néolithiques à moins de 2 000 m de l’emprise. Concernant les âges des Métaux, peu d’indices existent et n’expliquent pas à eux seuls la présence du mobilier de cette période. Que ce soit pour le Néolithique ou les âges des Métaux, il est fort à croire que le mobilier mis en évidence provient essentiellement d’occupations situées sur le versant ou le rebord du plateau qui surplombe le site. La seconde phase, première occupation avérée, est située entre le Ve et le milieu du VIe siècle de notre ère, datée par le mobilier céramique et deux mesures radiocarbone. Les vestiges, très dégradés par les occupations postérieures, participent d’une probable unité d’occupation à vocation agro-pastorale délimitée par un réseau fossoyé. Seuls deux fonds de cabane, dont un ayant servi de dépotoir dans un second temps, ont pu être caractérisés. La troisième phase identifiée correspond à l’installation, à l’est du site (sous l’actuelle mairie), d’un habitat aristocratique fortifié, de plan quadrangulaire, fondé durant le XIe siècle. La datation est assurée par deux mesures radiocarbone, le mobilier céramique et une mention textuelle. Celle-ci de date de 1183 et évoque des franchises et des immunités données par Philippe-Auguste à un personnage non identifié. Dans l’emprise, seuls deux fossés d’enclos de 4 puis 5 m de large se succèdent. Le second est associé à un talus, renforçant sa dimension défensive. Le colmatage du premier fossé piège un lot de restes de chien de stature supérieure à la moyenne, présentant les caractéristiques d’individus issus d’une meute de chasse. Ceux-ci ont fait l’objet d’un dépeçage avant l’enfouissement des dépouilles dans le fossé. L’autre corpus retenant notre attention est un lot de scories de métallurgie du fer qui pourrait avoir un lien avec une activité de traitement de masses de métal brut, peut-être sous le contrôle de l’élite en question. La quatrième phase montre un changement du statut du terrain avec l’ouverture d’une large rue, la rue du Bois, menant du noyau urbain à la forêt de Laye, doublant ainsi l’artère principale de la ville. Cette rue s’installe en bordure du second fossé défensif, en parti comblé, et semble structurer le développement d’un faubourg. Un lotissement est créé à cheval sur le fossé, utilisant la fonction drainante de celui-ci à l’arrière de bâtiments. Ceux-ci, de plans standardisés, sont à vocation domestique et construits à pans de bois sur solins maçonnés. Chacun correspond à une pièce de 17 à 20 m² au sol, équipée d’un foyer aménagé dans le mur latéral occidental. L’analyse des restes alimentaires révèlent une population relativement peu aisée. L’étude numismatique suggère des activités commerciales qui n’ont pu être identifiées, en dehors d’un éventuel traitement d’os d’équidé sélectionnés dont seul un dépôt de matière première a été exhumé. Une seconde mention au sujet de l’habitat aristocratique correspond à la fin de cette phase. Il s’agit de sa cession en 1342 par Guyard de Touraine à l’abbaye royale. Le nom de ce personnage reste associé à ce fief jusqu’à la Révolution. Dans les années qui suivent cette cession, deux édifices sont mentionnées, un hôtel et une maison, dits de Touraine, qui sont divisés et baillés par les religieuses à la fin du XIVe siècle. Situés du côté de la rue du Cep, près du marché aux bœufs, ceux-ci correspondent certainement à une évolution du bâti situé initialement à proximité de l’emprise. Le lotissement, quant à lui, est déserté durant le milieu du XIVe siècle, ce qui constitue le début d’une cinquième phase. Les constructions semblent avoir volontairement été démantelées. Ceci évoque des cas de destructions organisées dans la périphérie de plusieurs villes du royaume pour des raisons stratégiques, au même moment. Les volumes semi-excavés résultants, issus de certaines pièces, servent alors de dépotoirs. Ils collectent le signal de deux catégories de population, au travers du mobilier céramique, de la faune, dont l’ichtyo-faune, et de la verrerie. Mélangés à des rejets provenant de l’habitat aristocratique voisins (verre à tige, restes de chasses, poissons marins frais) se trouvent des os issus de bas morceaux de viande ainsi que des pots de céramique très décorés de second choix. Cette phase est caractérisée par une diminution importante des indices anthropiques, en particulier pour le XVe siècle. Au sujet des céramiques, la proximité des ateliers de Poissy se perçoit très nettement avec un quasi-monopole des productions locales entre les XIIIe et XIVe siècles. Il a donc été possible de documenter la typo-chronologie de ces dernières à un degré qui n’avait pas été atteint jusqu’alors. La mise en valeur de productions de second choix parmi les pièces très décorées est une découverte singulière. À partir de la fin du XVe siècle, s’amorce une sixième phase qui se développe durant le XVIe siècle. Une maçonnerie vient enclore les jardins du fief de Touraine. Des fosses, dont des dépotoirs, y sont creusées. Ils collectent un mobilier peu abondant, tenant plutôt d’un bruit de fond que d’une réelle occupation. Les restes de repas trahissent une population peu aisée. La septième phase correspond aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les jardins se structurent en fonction des divisions des maisons assurant la continuité des édifices aristocratiques reconvertis. Le parcellaire est modifié en fonction. Tenues par des personnes issues de l’élite, les maisons dont dépendent ces jardins étaient occupées par une population moins aisée, quoique mieux nourrie qu’à la phase précédente. Un dépôt conséquent de métapodes de moutons provient d’un commerce de pied de mouton, dont la consommation n’a pas été perçue sur le site. Parallèlement, l’édification de l’enceinte, dite de réunion, a vraisemblablement eu lieu durant cette phase. Les mentions textuelles du mur dans le quartier ont lieu au début du XVIIe siècle. Les arguments archéologiques, peu nombreux, tendraient vers la même interprétation. Cette enceinte va alors fermer la rue du Bois à hauteur du site, modifiant son parcours et les odonymes adjacents. Les données historiques révèlent qu’à l’aube de la Révolution et par la suite, l’économie du quartier est dédiée aux activités du foirail (bouveries, écuries, hôtelleries, alimentation). L’influence du marché aux bestiaux se ressent fortement à cette période, mais on peut faire l’hypothèse qu’il polarise déjà l’organisation du quartier à la fin du Moyen Âge, lors de l’édification de l’hôtel et la maison de Touraine. La huitième phase correspond à l’assujettissement des terrains de notre emprise pour l’agrandissement du marché et plus spécifiquement la création d’un préau aux moutons, encadré de bergeries formant une grande abside. Demandés par les acteurs du marché dès la reprise économique qui suit la Révolution, les travaux sont autorisés par ordonnance royale en 1823. Ils commencent en 1826 et, après la vente des terrains, atteignent l’emprise en 1827. À cette occasion, une partie des vestiges des occupations plus anciennes sont dérasés et la rue est encore modifiée. Considéré comme insuffisant et peu adapté aux besoins des marchands, le complexe bâti est déconstruit dès 1838. Il est remplacé par un foirail encore plus grand dont les travaux impliquent des terrassements colossaux, prenant la forme, dans l’emprise, d’un remblai massif pouvant atteindre 2,60 m de hauteur. Ce marché sera à nouveau abandonné en 1867, lorsque la halle de la Villette est créée. Le terre-plein devient un terrain vague, avant la construction de l’hôtel de ville en 1937.
Document type :
Reports
Complete list of metadatas

https://hal-normandie-univ.archives-ouvertes.fr/hal-02365483
Contributor : Nicolas Girault <>
Submitted on : Friday, November 15, 2019 - 2:09:37 PM
Last modification on : Wednesday, July 1, 2020 - 12:26:01 PM

Identifiers

  • HAL Id : hal-02365483, version 1

Citation

Nicolas Girault, Annelise Binois, Aurélia Borvon, Thibault Cardon, Aurélie Chantran, et al.. Poissy, rues du 11 novembre 1918, de la Libération et du 8 mai 1945 (Yvelines, Île-de-France), rapport de fouille : Evolution d'un secteur péri-urbain à Poissy du Ve au XIXe siècle. [Rapport Technique] Service archéologique interdépartemental Yvelines/Hauts-de-Seine; Service régional de l'Archéologie Île-de-France. 2019, pp.1195. ⟨hal-02365483⟩

Share

Metrics

Record views

111