L'identité refoulée : Elio Vittorini ou le complexe du sicilien

Résumé : Il serait aisé, en s'appuyant sur un corpus d’œuvres littéraires sans exclusive d'époque ou de provenance, d'établir un lien entre la propension au voyage d'un écrivain et sa recherche intime d'une vérité identitaire. Le détour par l'Ailleurs s'inscrit alors dans un processus de révélation personnelle rendu possible par cet éloignement lié au déplacement. Grâce à lui s'opère un dévoilement qui tient de la reconnaissance : la découverte d'un univers étranger à l'expérience coutumière contraint à une réflexion, née de la comparaison entre le Même et l'Autre, sur la validité d'un atavisme toujours accepté faute d'avoir été contesté. C'est donc naturellement que, par le voyage, l'auteur en mouvement s'interroge sur lui-même. Le récit déambulatoire, dès lors, tend à la narration d'une quête identitaire. Le voyage nourrit naturellement l'écriture qui, en retour, fait de lui son thème privilégié. Ainsi s'explique, parmi tant d'autres, la genèse des œuvres de Rimbaud, de Gide ou d'Hemingway, l'écrivain tant admiré par Elio Vittorini. Ce dernier n'appartient pas à la lignée des grands écrivains voyageurs, parcoureurs d'espace qui cherchent dans le dépaysement le chant possible d'une vie meilleure et le ferment indispensable à l'épanouissement de l’œuvre littéraire. Ses déambulations n'ont que rarement dépassé le triangle entre la Sicile, Florence et Milan. Ses escapades étrangères se limitent à quelques pays européens proches, au premier rang desquels se trouve la France. Pas de grand tour, donc, et pas davantage de voyage initiatique aux Etats-Unis et en Union Soviétique, deux destinations souvent empruntées par les intellectuels des années trente ou quarante, images de deux conceptions du monde s'affrontant sur le double terrain de la politique et de la culture, et modèles auxquels se référer, dans un sens de soutien ou de mise à distance Nous souhaitons démontrer dans cette étude que la relative sédentarité de l'écrivain sicilien trouve en partie une compensation dans l'échappée de l'imaginaire, non pas à la manière, célèbre et presque caricaturale, de l'auteur explorant le monde depuis l'espace clos d'une chambre, mais plutôt dans un va-et-vient continu entre des lieux réels et leur transfiguration littéraire. Cette dernière fonctionne toujours selon un même principe de despatialisation (le lieu n'est que très rarement présenté, en tout cas pas selon les critères habituels de la prose narrative, c'est-à-dire sans référents réellement descriptifs, qu'ils soient topographiques, architecturaux ou paysagers) suivie de la reconstruction d'un décor (site naturel ou ville) qui sert d'écho affectif au personnage qui l'habite ou le parcourt. L'espace est alors vu comme la confirmation d'une connaissance préalable et non, comme c'est généralement le cas dans la littérature de voyage, comme une donnée extérieure qui façonne et ordonne par sa présence objective (c'est-à-dire descriptible, quantifiable) le magma informe de la conscience humaine. Comme si c'était le paysage qui se mouvait dans la perception des personnages et non l'inverse.
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Contributeur : Vincent d'Orlando <>
Soumis le : jeudi 19 septembre 2019 - 11:01:30
Dernière modification le : mercredi 23 octobre 2019 - 01:05:55

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L'identité refoulée. Elio Vi...
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Vincent d'Orlando. L'identité refoulée : Elio Vittorini ou le complexe du sicilien. Presses Universitaires de Caen. Identités individuelles, identités collectives, 1998, 2-84133-065-6. ⟨hal-02291737⟩

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