Désir de fiction, plaisirs d’écrire (Carole Fréchette, Sonia Ristic, Maïssa Bey)

Résumé : Dans Les Quatre Morts de Marie (1998), de Carole Fréchette, une femme qui aime « les actions spectaculaires, qui font peur et qui donnent des frissons » voudrait écrire un roman d’aventures ou en vivre un : si elle paraît captive d’un bovarysme qui la pousse à croire, jeune fille, « que les méchants mouraient dans les flammes, que la bonté triomphait toujours le matin, que tout était bien placé, les petits en avant, les grands en arrière, les malades à côté sur des lits douillets », c’est pourtant aussi cette envie de fiction qui en fait une conteuse capable de vivre quatre vies et de les raconter sur scène. À ses côtés, entre autres : Pierre-Jean, un homme dont le métier est de raconter des histoires « service spécial à domicile » et Thomas, qui écrit des lettres pour les autres. Quant à Sylvette, elle détecte, bien mieux qu’une machine, les mensonges dans les récits, car ils la font immanquablement rire. Dans L’Histoire de la Princesse ou Le procès de la Belle au Bois Dormant (2014), de Sonia Ristic, une petite fille exige que le conte de La Belle au bois dormant lui soit bien raconté, que la diction théâtrale se plie à l’impératif de « Racontez-la bien, l’histoire . » Et dans Chaque pas que fait le soleil (2015), de Maïssa Bey, une journaliste otage écrit un roman d’amour et le raconte à son geôlier. Tous ces désirs de fiction, ces envies de livres écrits ou juste rêvés déploient sur scène le plaisir de l’écriture et celui de la lecture, dans leurs écueils (discours prescriptif adressé au féminin, notamment, prié de se conformer aux personnages de contes de fées, mais difficulté à écrire aussi, et césure entre la fiction rêvée et le réel morose) comme dans leurs émulations et leurs joies. Raconter et écrire des romans d’amour, des contes de fée, raviver le désir d’illusion dans un théâtre qui relègue à l’arrière-plan violence terroriste et violence sociale, constituent autant de gestes conscientisés et exposés qui construisent dans ces pièces une réhabilitation de la fiction populaire à public féminin (le roman d’amour mièvre, l’aventure exotique, le conte de princesses…) en tant qu’elle est plaisir de raconter, d’exhiber et de jouer des clichés, ravivant ce faisant aussi une scène théâtrale qui n’est plus à la déploration de la misère sociale mais à sa réintégration dans les interprétations possibles du récit.
Liste complète des métadonnées

https://hal-normandie-univ.archives-ouvertes.fr/hal-02275732
Contributeur : Florence Fix <>
Soumis le : dimanche 1 septembre 2019 - 18:28:07
Dernière modification le : lundi 2 septembre 2019 - 01:13:16

Identifiants

  • HAL Id : hal-02275732, version 1

Collections

Citation

Florence Fix. Désir de fiction, plaisirs d’écrire (Carole Fréchette, Sonia Ristic, Maïssa Bey). Registres : Revue d'études théâtrales, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2019, Puissance de la fiction théâtrale, pp.30-40. ⟨hal-02275732⟩

Partager

Métriques

Consultations de la notice

60