Devoir prendre soin de soi à la conjonction des crises : quel travail, à quelle place ?

Abstract : Un consensus a été construit depuis la Première Guerre mondiale pour faire du travail la voie privilégiée de l'insertion sociale des personnes handicapées. Ce consensus est à interroger en deux points. 1/ Avant qu'elles ne puissent être insérées socialement grâce au travail, encore faut-il qu'elles y aient accès. Les lois successives ont produit peu d'effets : ces salariés, tous handicaps confondus, représentent 3,1% de la population des salariés contre les 6% visés par la loi (DARES, 2013). 2/ Les travaux analysant depuis plus de trente ans la précarisation de l'emploi et du travail, montrant que le travail n'est plus une garantie contre la pauvreté, interrogent le lien établi entre travail et insertion sociale. Nous poursuivrons cette interrogation à partir de l'analyse des parcours de personnes handicapées du fait de troubles mentaux. Pour elles, crise ou non, l'accès à l'emploi pose problème et leur insertion sociale si elle peut passer par l'accès à un travail, demande un travail de reconfiguration de la place et du statut qui peuvent lui être donnés dans l'économie de la vie toute entière Les personnes suivies ont été reconnues dans ce statut par les Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH). Elles ont obtenu une Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) et ont été orientées un stage visant l'élaboration d'un projet d'insertion professionnelle. Nous suivons les stagiaires volontaires sur plusieurs années à partir de leur sortie du stage. Vingt et un suivis depuis 2009, six femmes et quinze hommes. La vie hors travail doit commander au travail et non l'inverse pour que soient contenus les troubles mentaux et maintenue la vie dans le monde. Dans leur parcours de vie où le « prendre soin de soi » devient incontournable, le travail vient occuper une place mais pas nécessairement celle que l'on croit. Ce n'est pas lui qui « tient », qui est le support du fait de se tenir parmi les autres et de faire société. Parfois même, on « tient » contre lui ou malgré lui. Ce qui fait tenir, c'est la place qu'on lui accorde, les limites qu'on lui pose, y compris au nom de ce que devrait apporter un travail épanouissant, enrichissant. Si le travail ne le procure pas, alors il faut le puiser ailleurs et mettre le travail à sa juste place, nécessaire pour gagner sa vie, pas davantage. Certains, pas tous et pas tout le temps, bricolent, tracent des chemins qui déplacent le centre de gravité du travail au hors travail.
Type de document :
Communication dans un congrès
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Contributeur : François Féliu <>
Soumis le : jeudi 18 juillet 2019 - 12:06:33
Dernière modification le : vendredi 19 juillet 2019 - 01:22:36

Identifiants

  • HAL Id : hal-02188204, version 1

Citation

Peyrard Catherine. Devoir prendre soin de soi à la conjonction des crises : quel travail, à quelle place ?. 15e Journées internationales du travail - Crise(s) et mondes du travail, Laboratoire d'Economie et de Sociologie du Travail (LEST); Kekmokop (Centre de morphologie sociale et des politiques sociales); Université Panteion d'Athènes, May 2016, Athène, Grèce. ⟨hal-02188204⟩

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